Les performances du secteur productif turc et sa résistance à trois crises financières majeures (1980, 1994, 2001) ne doivent pas masquer de nombreux handicaps.
En premier lieu, l’économie turque laisse apparaître des contrastes, puisque ces performances ont été réalisées dans un contexte macroéconomique souvent défavorable, avec un endettement public qui représente 60% du PIB, une inflation qui a atteint des pics de 80% à 100% et une croissance irrégulière.
Le second handicap a trait à la répartition géographique très inégale des richesses. Les PME, qui représentent 65% de l’activité économique, sont concentrées à plus de 50% à Marmara et en Anatolie, contre 10% à l’Est et au Sud-Est. Ce phénomène crée des disparités importantes dans le développement de ces régions et vient se superposer aux inégalités sociales. La Turquie est l’un des pays où le fossé entre les couches favorisées des grandes villes de l’Ouest et les habitants des villages du Sud est le plus important. Ainsi, si Istanbul se situe au niveau de la richesse moyenne de l’Union européenne, le revenu moyen dans les régions du Sud-Est descend à 500 dollars par an et par habitant avec un chômage qui frappe 50% de la population active.
Il faut enfin noter l’existence d’une économie souterraine qui représente près de la moitié du PIB et concerne 40% des forces de travail. Le secteur informel est composé de plusieurs dizaines de milliers d’entreprises qui sont souvent des sous-traitants d’entreprises établies.
L’ouverture des négociations d’adhésion à l’Union européenne, devrait certainement renforcer l’intégration de l’économie turque à celle de l’Europe. Ce processus, amorcé en 1996 avec l’entrée en vigueur du traité d’union douanière – qui prévoyait déjà la reprise d’une partie de l’acquis communautaire, véritable soubassement légal du marché unique en matière de normes techniques, propriété intellectuelle, sécurité du consommateur, conditions de mise sur le marché, etc. –, devrait permettre la modernisation de l’économie, une meilleure attractivité des investissements directs étrangers et un transfert de technologies à grande échelle.
